ÉVEIL ET
ESPOIR POLITIQUE
La
politique est une idéologie dont l’acteur principal est le politicien. Ce dernier,
animé par de convictions profondes et doté d’un esprit visionnaire, aspire à
apporter des changements importants pour l’intérêt du peuple. Un bon politicien
se doit de convaincre son peuple et de le mobiliser à s’engager afin de
participer à l’élaboration et à l’implantation d’un idéal commun. Il doit créer
un sentiment d’appartenance et développer une culture nationale qui respecte
les particularités de ses diversités ethniques.
La politique, c’est l’activité la plus importante qu’un
peuple partage, c’est à travers elle que s’implante l’égalité des conditions et
le partage richesse. L’égalité des
conditions permet de réaliser des aspirations consensuelles, d’assurer la
cohésion sociale, de civiliser un monde arbitraire hostile au bonheur et,
finalement, de célébrer des victoires sur l’adversité.
L’égalité des conditions entre les hommes et les femmes
qui possèdent des valeurs différentes permet de résoudre d’une manière non
équivoque des conflits qui autrement se sont toujours réglés dans le désordre
ou dans la guerre. L’égalité des conditions apporte avec elle des principes
modérateurs propices à l’élaboration d’une Constitution, d’un régime politique
ainsi qu’à la création d’une identité nationale. Elle permet également
d’amender de façon continue les lois parce qu’elle respecte l’évolution des mentalités
et garantit la liberté d’expression.
Après plus d’un demi-siècle de vie politique, rien n’a fonctionné
et rien n’a changé avec ce système politique copié de l’époque coloniale. Certains
pensent qu’il est souhaitable de substituer les lois coutumières aux valeurs
coloniales. D’autres ont vite compris que cette tragédie n’est ni un acte de
dieu, ni celui d’aucun prophète, mais bien le résultat de la stupidité humaine,
tel que démontré dans le livre de Carlo M. Cipolla (les lois fondamentales de
la stupidité humaine; The Basic laws of human stupidity).
Ce système politique, loin des valeurs de ces
différentes ethnies, contribue à attiser les conflits sociopolitiques dans
lesquels chaque Président, à la seule lumière de son expérience politique,
applique la Constitution coloniale lui octroyant de droit un statut de monarque
à l’abri de toute opposition. Aussi, les partis d’opposition n’ayant eux-mêmes aucune
expérience, demeurent sourds et muets aux volontés ainsi qu’aux revendications
du peuple.
Notre régime politique est devenu sans valeur, indécent
et injuste pour les ethnies dont les ressortissants ne gouvernent pas. Pourquoi
ne pas songer à créer un nouveau régime politique qui serait le miroir de notre
diversité ethnique? Nous avons le pouvoir et le devoir de changer cette
situation. La Constitution coloniale a créé des conflits juridiques et nous
oblige à réfléchir profondément au genre de société dans laquelle nous voulons
vivre et que nous voulons léguer aux générations futures.
Depuis plus d’une décennie, les politiciens africains
font face à un système politique caduc source des crises, de conflits
sociopolitiques, de pertes de vie et d’histoires d’horreur. N’ayant jusqu’à présent
trouvé aucune solution viable à ces échecs flagrants et répétitifs, l’histoire
se répète sans solution apparente.
En vue des futures élections, pourquoi ne pas songer à
de nouvelles réformes institutionnelles telles que la Constitution, le régime
politique, les droits et devoirs des partis d’opposition et notre système
électoral? Il faudra, hors de tout doute, décider ensemble par consensus, quelles
seront les balises sur lesquelles reposera le mode de fonctionnement du système
politique qui régira notre vie.
Durant
un mandat présidentiel, les partis d’opposition ne jouent pas leur rôle et ne
font pas leurs devoirs. D’ailleurs, aucun article n’est inscrit à cet égard
dans la Constitution. L’opposition, par peur de représailles, ne questionne
jamais l’inertie du gouvernement ou ne remet en question les décisions de ce
dernier malgré le fait que bon nombre d’entre elles sont injustes, arbitraires
et non orientées vers les besoins de la population.
De
façon répétitive, les partis d’opposition attendent désespérément la venue
d’élection pour réagir. Quelques mois avant chaque élection, ils tentent de
DIALOGUER avec le gouvernement sans proposer de véritables solutions constitutionnelles.
D’ailleurs, la seule préoccupation du gouvernement en place est de se faire
réélire et ce dernier ne souhaite nullement de véritables changements puisqu’il
en retire d’immenses bénéfices.
Les
rôles et les devoirs de l’opposition devraient être institutionnalisés comme ceux
du chef de l’exécutif. L’opposition devrait pouvoir agir en toute sécurité et en
toute liberté pour démontrer au gouvernement les bienfaits que procure une
administration transparente dans une société multiethnique égalitaire basée sur
une justice de consensus. Cette structure permettra ainsi d’éviter les coups
d’État.
Est-il juste pour les autres partis politiques qu’un
gouvernement candidat à sa propre succession organise lui-même les élections?
Va-t-il organiser des élections en risquant de les perdre ?
Devant un tel parfum de conflits sociopolitiques, nous pouvons
refuser de laisser ce régime politique colonial perdurer. Nous ne sommes pas
impuissants, nous devons dire haut et fort que la vie est plus forte que les
injustices, que la vie émerge de la santé d’un peuple régi par ses propres
valeurs.
Il faudra créer une loi électorale afin de mettre en
place une commission électorale indépendante dont les termes de références
seront basés sur des grands principes d’égalité, de justice, d’équité ainsi que de transparence. La première mission
sera d’assurer à tout citoyen la possibilité de déposer sa candidature ainsi
qu’au peuple d’exercer en toute liberté son droit de vote : un jalon
indispensable de l’histoire de notre nouvelle démocratie.
Les futures élections devront être organisées de façon
indépendante, transparente avec des candidats soucieux de la sécurité, de la
justice, de l’impartialité, de l’intégrité et de l’égalité des conditions. La
transparence du processus électoral s’avère nécessaire pour le bon déroulement
des élections et assurer la crédibilité de la démarche auprès du peuple. La
nouvelle vision du système politique devrait valoriser :
1- Un candidat qui reconnaît
les différences ethniques, soucieux d’établir l’égalité des conditions, du
partage de la richesse, prônant l’importance de la représentativité ethnique au
sein de l’administration publique. Un candidat qui nous convaincra qu’il existe
une certaine grandeur dans la politique et que celle-ci correspond à nos
besoins.
2- Un candidat qui fera la
démonstration à la population des bienfaits ou des obstacles de la Constitution
et du régime politique colonial qui nous régit. La population doit pouvoir
choisir en toute connaissance de cause si elle doit conserver ou rompre avec ces
périodes de soumission, d’humiliation et de division alimentée par ce passé
colonial qui freine notre développement. Incarner cette rupture de mentalité,
ce changement de garde, voire de génération. Le candidat doit être responsable
et redevable au peuple.
3- Un candidat qui dira les
vérités telles qu’elles sont en laissant de côté la peur des coups d’état et la
déstabilisation incarnée par la colonisation. Il devra promouvoir la clarté, la
transparence dans les affaires publiques et l’imputabilité des hommes et des
femmes publics. Se concentrer à communiquer ses idées et ses propositions
humanistes de changement et ne devra pas mettre ses énergies sur des publicités
négatives contre ses adversaires. Ses talents de rassembleur lui permettront de
rallier les différentes ethnies. Ce candidat saura prendre des risques et
soutenir des positions audacieuses et novatrices, porteuses de progrès pour
tous.
4- Un candidat responsable
qui présente un programme électoral structuré, qui évalue les coûts de ses
engagements, qui identifie clairement les sources de revenu pour financer ses
réalisations futures inscrites dans son programme électoral. Un candidat qui
promet des choses qui, certes, peuvent faire rêver, mais dont les plans de
réalisation sont viables et centrés sur les besoins du peuple.
5- Un candidat honnête,
transparent, qui respecte les règles et les lois sur les élections et qui prendra
des mesures, une fois élu, pour éviter que l’on retombe dans les travers arbitraires
du passé. Il rendra son pays souverain, lui redonnera sa dignité et ainsi l’égalité
des conditions y règnera.
J’estime, pour l’intérêt du peuple africain, que la plus grande
erreur que pourraient commettre les politiciens face à l’héritage colonial
serait de ne pas changer leurs institutions vétustes. Nous avons le devoir de
nous unir pour élaborer, organiser et moraliser nos institutions dans le respect des valeurs nos
diversités ethniques. Si nous n’y parvenons pas, chaque ethnie se repliera sur
elle-même, les êtres sans scrupules en tireront avantage et la logique
d’affrontement prévaudra.
Si nous n’entamons pas maintenant ces changements, nous
resterons divisés par nos petits intérêts personnels ou ethniques, empreints
d’égoïsme; nos projets sombreront dans la confusion et nous deviendrons un
objet de reproche et de dérision pour les générations futures. À la suite de
notre malheureuse division, et c’est là une éventualité bien pire, nous
perdrons sans doute tout espoir d’élaborer une Constitution inspirée par la
sagesse de nos véritables valeurs.
Le pays a besoin de partis politiques qui proposent des
changements constitutionnels et qui prennent des risques qui feront en sorte qu’ils
passeront à l’histoire de leur jeune démocratie. Je souhaite ardemment que dans
un futur proche, un politicien humaniste, audacieux et rassembleur, vienne réaliser
ces changements si importants afin de créer un environnement propice aux débats
d’idées.
Son combat permettra aux partis de l’opposition d’avoir
un droit de regard sur les actions et les décisions du gouvernement.
L’évolution d’une société dépend de l’ouverture des dirigeants sur les débats d’idées.
Les grands hommes politiques qui ont marqué l’histoire
de leur pays, sont ceux qui ont su rallier la majorité de leur peuple autour de
projets communs…
Lancy
Bakayoko